Le reportage « slaving away » diffusé le 4 mai 2015 sur ABC dénonce l’exploitation par des fermiers de jeunes travailleurs immigrés en Australie. Salaires très bas, conditions de travail extrêmes… certains travailleurs vivent un véritable enfer. Heureusement, ces situations ne font pas la majorité des cas et le gouvernement australien lutte chaque jour contre ces abus.

Des recherches menées par l’université de Flinders en Australie évoquent les évolutions du WHV depuis sa création : depuis 2000, on note une augmentation de 150% des arrivées en WHV, 17 nouveaux pays éligibles et la création d’un second WHV. Les backpackers sont de plus en plus nombreux chaque année à atterrir en Australie, et quasiment tous passeront par la case fruit picking, que ce soit pour financer leur voyage ou pour renouveler leur visa. La concurrence dans les fermes est donc en augmentation, et les arnaques et dérives dans le fruit picking existent.

Slaving away, le reportage qui dénonce l’exploitation des immigrés en Australie

Caro Meldrum-Hanna, la journaliste du reportage « Slaving Away, the dirty secrets behind Australia’s fresh food » suit de jeunes immigrés titulaires du WHV en Australie qui occupent des jobs en ferme. Chacun d’eux a vécu l’enfer : logements insalubres, salaires très bas voire inexistants, abus verbaux voire physiques de la part de leurs employeurs, pression constante…

Dans certaines conditions extrêmes, les backpackers travaillent sous la pression continuelle et les menaces de se faire renvoyer s’il ne travaillent pas toujours mieux et toujours plus vite. Deux jeunes anglaises racontent la situation indécente qu’elles ont subi pendant plusieurs semaines et affirment « j’avais l’impression de retourner des siècles en arrière, la façon dont nous étions traitées était… inhumaine ». Elles n’ont finalement pas été payées du tout, malgré leur insistance au près de leur employeur et de l’auberge dans laquelle elles vivaient.

Un jeune taïwanais raconte également son expérience dans le packing de poulet où ils travaillaient des heures durant sans avoir le droit de boire ou d’aller aux toilettes : « une fois, il y a eu une personne qui voulait aller aux toilettes. Il ne l’ont pas autorisé à y aller. Il s’est uriné dessus ». Des travailleurs sont aussi exploités illégalement et payés au noir alors qu’ils ont légalement le droit de travailler en Australie.

Ce reportage met donc en lumière de graves problèmes liés à l’exploitation des travailleurs étrangers en Australie, assimilée même à de l’esclavage. Si ces situations ne font pas la majorité, il est important de dire qu’elles existent et de mettre en garde les futurs travailleurs.

Qui est responsable de ces dérives ?

Malheureusement, tout le monde est un peu responsable.

Certains backpackers acceptent de travailler dans des conditions rudimentaires et pour des salaires extrêmement bas, par obligation ou par méconnaissance des règles et des lois. La concurrence entre travailleurs est très forte dans certaines régions, des fermiers tirent avantage de ces backpackers qui acceptent de travailler dans des conditions plus basses que la norme. Un engrenage se créé alors : il faut soit accepter un travail très mal payé, soit partir en sachant que quelqu’un d’autre prendra sa place.

Des « contractors » (intermédiaires) font le lien entre les fermiers et des travailleurs. Ils permettent aux backpackers de trouver un job, en prenant un pourcentage de leur salaire. Seulement, ces contractors sont parfois malhonnêtes et proposent des salaires en dessous du seuil légal, avec comme objectif de proposer aux fermiers de la main d’oeuvre pas chère.

Le reportage Slaving away dénonce surtout la responsabilité des enseignes de supermarchés les plus importantes en Australie telles que Woolworth, Aldi et Coles. Ces enseignes tentent de tirer leurs prix au plus bas et ne respectent pas toujours l’éthique des travailleurs dans les récoltes qui leur fournissent les produits.

Les australiens qui exigent constamment des produits locaux et à bas prix sont également en partie responsables. Bien sûr, les consommateurs sont rarement informés des conditions de travail qui se cachent derrière les produits, et font confiance à ces grandes enseignes.

Le gouvernement australien, sans doute le plus responsable, est au courant qu’il y a certains problèmes mais régler ces abus et empêcher l’exploitation des travailleurs représentent un gros investissement, à la fois en temps et en argent.

Des mesures pour remédier à ces problèmes

Le gouvernement australien est bien conscient que des dérives existent dans le secteur de l’agriculture en Australie. Le travail en ferme est difficile à contrôler et à réglementer mais le gouvernement témoigne de sa volonté de changer les choses.

Dans cette optique d’amélioration des conditions de travail des immigrés, le gouvernement annonçait le 1er mai une nouvelle réglementation concernant le travail volontaire. D’ici peu, selon la ministre de l’immigration, le Wwoofing et le HelpX ne permettront plus de compléter les 88 jours de travail en milieu rural nécessaires pour renouveler son visa. Il ne sera donc bientôt plus possible de renouveler son WHV en faisant du HelpX ou Wwoofing.

Depuis des années, deux visions politiques s’opposent concernant l’arrivée des immigrés en Australie et leur possibilité à travailler temporairement. D’un côté, une partie de la classe politique souhaiterait réduire ou limiter le nombre de travailleurs étrangers (avec application de quotas) accusant les backpackers étrangers de prendre le travail des australiens. De l’autre côté, certains hommes politiques (source) pensent que des changements plus positifs devraient être effectués concernant le Working Holiday Visa en Australie. Ils considèrent que le secteur du tourisme et de l’hospitalité, qui manquent de main d’oeuvre, devraient faire partie des domaines éligibles pour le renouvellement du WHV. Cette modification ouvrirait ainsi plus de possibilités aux backpackers et aurait peut-être pour conséquence de limiter la concurrence aux portes des fermes.

L’organisme Fair Work, est chargé de faire respecter le droit du travail et de protéger les travailleurs en Australie. Selon la ministre de l’immigration en Australie, Fair Work a déjà « traité 6 000 plaintes de la part de titulaires de visa en Australie, récupéré 4 millions de dollars de salaires, fourni conseils et assistance à plus de 5 000 travailleurs étrangers, et entamé une cinquantaine d’actions en justice. » (source)

Si vous estimez que vos conditions de travail ne sont pas acceptables, sachez donc que vous pouvez vous tourner vers cet organisme afin de trouver une solution.

Il est fortement conseillé de s’informer un minimum sur ses droits avant de partir en Australie. Nous recommandons également de partir avec assez d’économies pour ne pas être tenté d’accepter le premier job venu par manque d’argent. Et enfin, méfiez-vous de certaines régions trop fréquentées par les backpackers (Mildura, Bundaberg ou Shepparton par exemple) qui sont plus touchées par ce phénomène.

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1 COMMENTAIRE

  1. Enfin on en parle. Vaut mieux tard que jamais. Personnellement je n’ai pas eu ce type d’expérience, car j’ai eu la chance d’avoir la possibilité de refuser ce type de contrat mais certains ne l’ont pas malheureusement. Nous avons accepté les contrats payés à l’heure uniquement, ce qui réduit le risque de vivre une mauvaise expérience, comparé aux contrats payés aux « buckets », autrement dit à l’effort. J’ai pu constaté ce fléau en Australie. La réalité sur le terrain est très loin de ce qu’on peut lire à ce sujet. Il est important d’en parler, l’eldorado est terminé. Mais ça n’enlève rien à la beauté du pays et à la gentillesse des australiens. Merci pour cet article.

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