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Le Blue-tongued lizard d’Australie

Le Blue-tongued lizard d’Australie
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Le Blue-tongued lizard d’Australie

Le Blue-tongued lizard d’Australie

Le scinque à langue bleue, ou blue-tongued lizard (« bluey » pour les Australiens), est l’un des reptiles les plus faciles à croiser de la faune australienne. Jardins de banlieue, bords de sentiers, aires de repos sur la route : ce gros lézard trapu du genre Tiliqua vit littéralement au milieu des humains. Sa langue bleu électrique, qu’il sort d’un coup en grand écart avec sa mâchoire, est l’une des défenses les plus spectaculaires du continent — et l’une des plus mal comprises.

Bonne nouvelle si vous en croisez un pendant votre voyage : il est totalement inoffensif, sans venin, et plutôt du genre à faire le mort qu’à vous foncer dessus.

Pourquoi “langue bleue” ?

Le nom vient de son trait le plus marquant : une langue d’un bleu profond, révélée d’un coup lorsque l’animal est menacé. On lit souvent que ce bleu servirait à imiter un animal venimeux. Les travaux publiés en 2018 par l’équipe de Martin Whiting (Université Macquarie) dans Behavioral Ecology and Sociobiology racontent une autre histoire, nettement plus intéressante.

La langue du scinque ne se contente pas d’être bleue : elle réfléchit fortement les ultraviolets, invisibles pour nous mais parfaitement visibles pour les oiseaux, les serpents et les autres lézards, c’est-à-dire précisément ses prédateurs. Et l’intensité n’est pas uniforme : l’arrière de la langue est presque deux fois plus lumineux que la pointe. Or cette partie-là n’est exposée que lors du « full-tongue display », bouche grande ouverte.

Le scinque garde donc son camouflage jusqu’au dernier moment, puis bascule brutalement en mode ultra-visible quand le prédateur est déjà tout près. C’est ce qu’on appelle un affichage déimatique : une surcharge sensorielle brutale qui fait hésiter, ralentir ou renoncer l’attaquant. Le lézard à collerette (frill-neck lizard)

Un scinque, c’est quoi ? Un lézard de la famille des Scincidae, reconnaissable à ses écailles lisses et emboîtées et à ses pattes courtes. C’est la famille de lézards la plus riche au monde, et l’Australie en est le grand foyer. Les blue-tongues en sont les plus gros représentants.

Caractéristiques principales

  • Taille : jusqu’à 60 cm au total chez l’espèce de l’Est, dont environ 36 cm de tête et de corps — le reste, c’est la queue.
  • Apparence : corps trapu, pattes courtes, grosse tête, écailles lisses. Robe gris argenté à brun avec de larges bandes sombres, parfois des taches orange ou jaunes selon l’espèce.
  • Langue : large, épaisse, bleu foncé à violet, contrastant avec l’intérieur de la bouche rose vif.
  • Comportement : diurne et lent. Face au danger, il se fige plutôt que de fuir.
  • Alimentation : omnivore opportuniste. Il mange escargots, limaces, insectes, fleurs, fruits et jeunes pousses. Ses mâchoires puissantes broient les coquilles d’escargots sans difficulté.
  • Température : comme tous les reptiles, il ne produit pas sa chaleur. Il maintient son corps entre 30 et 35 °C en lézardant au soleil le matin avant de partir chercher sa nourriture.
  • Longévité : plus de 20 ans. Plusieurs individus en captivité ont dépassé cet âge, et l’Australian Museum estime qu’ils peuvent vivre bien plus longtemps encore.

Les différentes espèces de blue-tongue

« Blue-tongued lizard » ne désigne pas une espèce mais tout un genre, Tiliqua. Selon l’État où vous vous trouvez, vous ne croiserez pas du tout le même animal.

Espèce Où la voir Taille Signe distinctif
Langue bleue de l’Est
Tiliqua scincoides
NSW, Victoria, Queensland, Top End Jusqu’à 60 cm Larges bandes sombres ; rayure noire de l’œil à l’oreille sur la côte
Langue bleue tachetée
Tiliqua nigrolutea
Tasmanie, sud-est du continent, montagnes Environ 45 cm Brun chocolat à noir avec de grosses taches roses ou crème
Bobtail / Shingleback
Tiliqua rugosa
WA, South Australia, tout l’intérieur semi-aride 30 à 40 cm Grosses écailles en pomme de pin, queue courte et épaisse qui ressemble à une seconde tête
Langue bleue de l’Ouest
Tiliqua occipitalis
WA, SA, ouest du NSW, zones arides Environ 50 cm Bandes très contrastées et bande sombre derrière l’œil
Langue bleue du Centre
Tiliqua multifasciata
Centre rouge, Northern Territory, nord du WA Environ 45 cm Bandes orange vif, très marquées
Langue bleue pygmée
Tiliqua adelaidensis
Quelques prairies au nord d’Adelaide, uniquement Moins de 20 cm La seule espèce en danger ; vit dans des terriers d’araignées abandonnés
Une résurrection scientifique. La langue bleue pygmée était considérée comme éteinte depuis les années 1950. En 1992, un herpétologiste sud-australien dissèque un serpent brun écrasé sur une route près de Burra… et retrouve l’espèce dans son estomac. Les recherches qui ont suivi ont permis de localiser les dernières populations, aujourd’hui protégées.

Où les rencontrer en Australie ?

Contrairement à la plupart des animaux emblématiques du pays, le blue-tongue ne demande aucune expédition : il vit en banlieue. Jardins avec haies et tas de bois, rocailles, canalisations horizontales, cavités sous les maisons — l’Australian Museum note qu’un individu adulte peut occuper le même jardin pendant des années et s’habituer complètement à la présence humaine.

Pour maximiser vos chances :

  • Le matin, tôt. C’est le moment où il sort lézarder avant d’aller manger. Fin d’après-midi ensoleillée : deuxième créneau.
  • Le long des sentiers de randonnée, sur les zones chaudes et dégagées : Royal National Park au sud de Sydney, Dandenong Ranges près de Melbourne, Blue Mountains.
  • Inspectez les bordures : pierres plates, tas de bois, tôles au sol, bordures de jardin. Il s’y réchauffe et s’y abrite.
  • En road trip dans le WA ou le SA, guettez les bobtails sur le bitume. Ils y sont malheureusement très nombreux — pour de mauvaises raisons (voir plus bas).
  • En hiver, il entre en dormance et disparaît presque complètement. Ne comptez pas en voir entre juin et août dans le sud.

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Comportement et reproduction

Le blue-tongue est peu agressif. Menacé, il se tourne face au danger, ouvre grand la gueule, sort la langue, siffle et aplatit son corps pour paraître plus large. S’il est attrapé sans ménagement, il peut mordre : pas de venin, mais une mâchoire assez puissante pour percer la peau et laisser un bel hématome. Les jeunes peuvent aussi lâcher leur queue si on les saisit par là ; elle repousse ensuite, plus courte.

Ce reptile est vivipare : la femelle donne naissance à des petits déjà formés, développés dans l’oviducte grâce à un placenta comparable à celui de nombreux mammifères. Les accouplements ont lieu entre septembre et novembre, et les naissances surviennent trois à cinq mois plus tard, entre décembre et avril — le plus souvent en décembre-janvier pour l’espèce de l’Est.

Celle-ci a les portées les plus importantes du genre : jusqu’à 19 petits, une dizaine en moyenne, mesurant 13 à 14 cm à la naissance. Ils mangent les membranes placentaires, muent au bout de quelques jours et se dispersent aussitôt : aucun soin parental.

Côté conservation, la plupart des espèces sont classées en préoccupation mineure par l’UICN. Seule la langue bleue pygmée est en danger, en raison de la disparition des prairies natives d’Australie-Méridionale.

Que faire si vous en croisez un ?

C’est la question qui revient le plus souvent chez les backpackers qui en trouvent un dans le jardin d’un share house ou sous le van. La réponse tient en une ligne : laissez-le tranquille.

  • Ne le manipulez pas. En Australie, les reptiles natifs sont protégés : les capturer, les garder ou les déplacer sans permis est illégal dans tous les États. Si l’animal est blessé, appelez un service de sauvetage faunique local (WIRES en NSW, Wildlife Victoria, RSPCA Queensland…).
  • Ne le confondez pas avec un serpent. C’est l’erreur classique : vue de loin, sa démarche basse et ses pattes courtes évoquent un reptile qui rampe, et beaucoup de blue-tongues sont tués par erreur. Un doute ? Consultez notre guide des serpents d’Australie.
  • Attention à l’anti-limaces. Le blue-tongue raffole des escargots et des limaces — y compris ceux qui ont été empoisonnés. Les granulés anti-limaces du commerce sont l’une des principales causes de mortalité dans les jardins. Si vous jardinez en Australie, évitez-les.
  • Vérifiez avant de tondre. Face à une tondeuse, il ne s’enfuit pas : il se fige dans l’herbe haute. Beaucoup y laissent une patte ou la vie.
  • Levez le pied sur les routes chaudes. L’asphalte noir chauffe vite et attire les lézards qui viennent y lézarder. C’est ce qui explique le nombre de bobtails écrasés sur les routes du WA et du SA.
  • Chiens et chats. Les jeunes sont des proies faciles pour les chiens et les chats domestiques. Si vous faites du house-sitting, gardez un œil dessus.

Cinq choses étonnantes sur le scinque à langue bleue

  • Sa langue brille en ultraviolet. Nous ne voyons que le bleu ; ses prédateurs, eux, reçoivent un flash UV bien plus intense — et concentré à l’arrière de la langue, la zone qu’il n’expose qu’au tout dernier moment.
  • C’est un aspirateur à escargots. L’un des rares reptiles à raffoler des gastéropodes. Ses dents larges et ses muscles masticateurs broient les coquilles sans effort. Un blue-tongue dans un jardin, c’est un anti-limaces gratuit et non toxique.
  • Il accouche, il ne pond pas. Jusqu’à 19 petits déjà autonomes, miniatures parfaites de l’adulte, qui filent chacun de leur côté en quelques jours.
  • Le bobtail est monogame. Tiliqua rugosa retrouve le même partenaire chaque printemps, parfois pendant plus de vingt ans consécutifs. C’est l’un des très rares reptiles au monde à former des couples durables — un comportement qui intrigue toujours les chercheurs.
  • Il vit plus longtemps qu’un chien. Vingt ans et plus, pour un lézard de jardin qui passe l’essentiel de sa journée à chercher un rayon de soleil.

Sources : Australian Museum — Eastern Blue-tongue Lizard ; Badiane A., Carazo P., Price-Rees S.J., Ferrando-Bernal M., Whiting M.J., « Why blue tongue? A potential UV-based deimatic display in a lizard », Behavioral Ecology and Sociobiology, 2018. La réglementation sur la détention et la manipulation des reptiles natifs relève de chaque État : vérifiez auprès de l’autorité environnementale compétente.

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